Éric Lacascade

Éric Lacascade

Né à Lille, Éric Lacascade fait des études de droit et parallèlement se forme à tous les métiers du théâtre, au Prato, salle alternative lilloise fondée par Gilles Defacque. Il y rencontre Guy Alloucherie avec qui il fonde le Ballatum Théâtre qui très vite devient l’une des compagnies les plus inventives des années 80. La création de Si tu me quittes est-ce que je peux venir aussi ? en 1988, à Liévin, révèle la compagnie. Viennent la reconnaissance nationale et les tournées internationales.

En 1997, le Ministre de la Culture, Philippe Douste Blazy, souhaite ouvrir la direction des Centres Dramatiques Nationaux à une nouvelle génération d’artistes. Eric Lacascade et Guy Alloucherie, sont nommés à la Direction du Centre Dramatique National de Normandie. Conscients que leur art ne pourra progresser désormais que dans le cadre d’une structure stable et pérenne, désireux de s’ancrer dans un lieu après des années de nomadisme, les deux metteurs en scène acceptent l’enjeu. Cependant, Guy Alloucherie reprend très vite sa liberté. Eric Lacascade reste, développe une méthode de travail et élabore un répertoire autour d’une équipe de comédiens fidèles, noue des relations avec les grandes institutions du réseau national- le TNS, l’Odéon, le Festival d’Avignon - et les scènes étrangères grâce à ses tournées et aux accueils en Normandie, expérimente des dispositifs d’accompagnement pour les talents émergents…
Avec le Festival d’Avignon, Eric Lacascade commence une relation privilégiée en 2000 avec la création, dans un même lieu, avec une même équipe de comédiens, de trois pièces de Tchekhov : Ivanov, La Mouette et Cercle de Famille pour Trois sœurs. En 2002, il y crée Platonov dans La Cour d’Honneur cette fois ; le spectacle a un succès retentissant, l’artiste ayant réussi une triple gageure : faire entendre la prétendue intimité de Tchekhov dans la Cour, occuper l’espace dans toutes ses dimensions et donner toute la place à une troupe d’acteurs faisant un travail de  choralité, à l’opposé de la tendance à la « starisation » qui prévaut à l’époque. Cas unique, Platonov est programmé  de nouveau, dans la même Cour l’année suivante, celle de la crise des intermittents qui conduisit à l’annulation du Festival, quelques jours avant l’ouverture. Il reprend possession de cette même Cour d’Honneur, en 2006,  avec la création des Barbares de Maxime Gorki.
De la même manière, par deux fois l’Odéon s’attache la collaboration d’Eric Lacascade : en 1999, avec une nouvelle création d’Ivanov de Tchekhov puis en 2004, avec la création de Hedda Gabler de Ibsen, pièce dans laquelle Eric Lacascade dirige  Isabelle Huppert.

Après leur création, les spectacles font l’objet de tournées importantes en France et à l’étranger. La première trilogie Tchekhov a été jouée plus de cent cinquante fois, a reçu le Grand prix de la   Critique décerné par le syndicat professionnel de la critique dramatique française et le prix Politika décerné par le Festival de Belgrade. Platonov a tourné pendant deux saisons, le spectacle Hedda Gabler s’est joué en Espagne, en Suisse et en Allemagne.
Parallèlement à ces grandes formes théâtrales, propices à développer des démarches chorales et spectaculaires, Eric Lacascade explore d’autres voies plus légères ou expérimentales suggérées par des comédiennes inspiratrices : Il dirige Norah Krief dans deux spectacles musicaux : Les Sonnets de Shakespeare et La tête ailleurs, sur des textes écrits par François Morel pour la comédienne. A l’initiative de Daria Lippi, il dirige le projet Pour Penthésilée, spectacle pour comédienne seule, sous les regards croisés de metteurs en scènes et chorégraphes.
Pendant les années de direction au Centre Dramatique National de Normandie, Eric Lacascade défend un Théâtre d'Art exigeant et populaire. Ce Théâtre d'Art se concrétise dans une pratique de toutes les composantes de l'art dramatique, dont la première est évidemment sa recherche d'artiste singulier. Son travail se déploie en longues périodes : dans le cycle De la vie, de l’amour, de la mort, s’entrechoquent les écritures de Racine, Claudel, et Durif. Electre, Phèdre, L’Echange sont des prétextes à la composition d’une écriture scénique dont la grammaire s’élabore dans des travaux de laboratoires, préludes nécessaires à une production. Le manifeste de cette recherche  pourrait être Frôler les pylônes, création collective faite pour le TNS en 1998 sous forme d’un oratorio rock.
La recherche personnelle du metteur en scène est inséparable de la question de l'acteur. Eric Lacascade s'est attaché à fidéliser,  tout au long de ces années, un groupe d'acteurs qui est à la fois le fondement et le véhicule de son art.  

La formation et la transmission font aussi partie intégrante du théâtre tel qu'Eric Lacascade le pratique. Au Centre Dramatique National de Normandie, il expérimente, pendant six ans, une école d’apprentis pour une vingtaine de jeunes artistes immergés dans le théâtre, au contact de maîtres successifs. Cette phase intensive est complétée  par un dispositif d’insertion original, appelé Laboratoire d’Imaginaire Social. La grande majorité de ces jeunes sont aujourd’hui professionnalisés
Enfin, les trois plateaux du Centre Dramatique National, implantés à Caen et à Hérouville Saint Clair, ont accueilli les grands maîtres européens aussi bien que des artistes novateurs et ont été ouverts aux jeunes talents de la région.

En 2007, il quitte la Comédie de Caen et crée deux ans plus tard, Oncle Vania
d’après Oncle Vania et l’Homme des bois d’Anton Tchekhov. Présentée dans
le cadre de Vilnius, capitale européenne de la culture et sur l’invitation d’Oskaras Korsounovas, cette pièce est jouée par les remarquables acteurs de la compagnie de ce metteur en scène lituanien.
C’est durant le mois de janvier 2010, qu’Éric Lacascade crée au Théâtre
National de Bretagne Les Estivants de Maxime Gorki, «spectacle étincelant
d’intelligence et de beauté qui témoigne d’une puissance créatrice intacte»1.
En 2011, le metteur en scène s’attaque cette fois-ci à l’un des plus grands
chefs-d’oeuvre de Molière : Tartuffe, produit par le Théâtre-Vidy-lausanne et
coproduit par le Théâtre National de Bretagne, Rennes, Les Gémeaux Scène
Nationale de Sceaux et la Cie Lacascade. (114 dates sont  programmées
sur l’année 2011-2012).
En 2013, Eric Lacascade devient artiste associé au Théâtre National de Bretagne et responsable pédagogique de son école. C'est également l'année où il crée
La Vestale, opéra en trois actes de Gaspare Spontini, au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.
En 2014, il créé Oncle Vania au Théâtre National de Bretagne. Le spectacle part ensuite en tournée et sera joué au Théâtre de la Ville à Paris et au Théâtre des Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux.
2015 est l'année de création de deux spectacles. Constellations, avec les élèves de la promotion VIII de l'Ecole du Théâtre National de Bretagne/Rennes, se présente comme une expérience inédite, à la croisée du théâtre, de la performance et du cabaret. Le public est invité à une déambulation expérimentale d'une durée de quatre heures, dans les locaux désaffectés de l'ancienne université Pasteur, à Rennes. Revue Rouge est un spectacle dans lequel le metteur en scène retrouve Norah Krief. Ensemble, ils se partagent la scène pour chanter des chants révolutionnaires, d'abord au Théâtre National de Bretagne.
À l'automne, le spectacle La Vestale est repris au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles.
Éric Lacascade est ensuite invité à tenir un masterclass à l'Ecole du Théâtre d'Art de Moscou, où il monte La Dispute de Marivaux, avec les élèves de 2ème année. C'est l'occasion pour lui de reprendre également le rôle d'Astrov dans la pièce Oncle Vania de Tchekhov, dirigé par le metteur en scène russe Victor Gulchenko, également directeur du Festival Tchekhov à Yalta.
Début 2016, le spectacle Revue Rouge est repris au Théâtre de Monfort, à Paris. Actuellement, Éric Lacascade prépare sa prochaine création, Les Bas-Fonds de Gorki.